jeudi 4 décembre 2025


 Rum, 30 ans a s’apprivoiser

Il y a trente ans jour pour jour je découvrais Wadi Rum. Nous étions partis en bande, une quinzaine de copains. Seul Bunny connaissait les lieux. Il y venait en guide depuis plusieurs années. Avant de succomber aux charmes de Rum, mon compagnon de cordée m’avait décrit par son langage imagé qui lui était propre l’ambiance qui régnait sur ces murs de grès. Ce n’est pas par la rencontre entre un petit prince et un renard que j’ai appris le mot apprivoiser, mais bien ici, à Rum sur cette pierre “indomptable “. Une ou deux fois par an je fais le voyage à Rum. Avec des clients souvent. Ici la beauté s’affranchie de la difficulté, nous savourons les méandres des routes bédouines au même titre que l’ascension du pilier de la Sagesse, de la fissure parfaite de Merlin.

Trente plus tard, mon attachement pour ce coin reste intact. Non, il a pris une nouvelle dimension il y a une vingtaine d’années par la rencontre avec Atayek , Amina, leur enfants. L’ami bédouin est aujourd’hui indissociable de nos escapades dans les murailles. Cet amitié me galvanise, me rassure, au même titre que celle de Remi et Steph avec qui je vis aujourd’hui, depuis longtemps déjà, de précieuses aventures.

Cette année, avec Nathalie nous avons partagé notre passion commune sur ces formes parfois fragiles, nous continuons avec Rémi et Steph ces jours ci nos découvertes. Hier les murailles orientales du Jebel Khazali nous ont offert un morceau de choix. Demain, nous irons suivre une idée d’Atayek. L’ami bédouin sait maintenant repérer les beaux murs noirs, notre quête. 

Il est des massifs, montagnes ou sierras où le domaine des possibles dans la recherche de cheminements inédits devient ténu… une fissure cachée, un pilier oublié deviennent des graals. A Rum, mille vies de chats ne suffiraient pas pour révéler tous les cheminements à imaginer sur les sculptures des murailles. Le grès est une pierre folle. 

Depuis trente ans, j’apprends à connaître le désert du Wadi Rum, je commence à m’orienter ici où l’écorce de la terre est un labyrinthe d’îles de pierre j’y partage aujourd’hui avec mes compagnons de cordée une quarantaine d’itinéraires nouveaux. De riches heures fruits d’observations attentives depuis le sable, d’errances et de doutes. Dans la muraille, il est difficile de voir loin, il faut savourer, timidement, mètre par mètre, les présents de la pierre, ici une lunule cachée, éviter ses pièges… cette pierre est de sable. Quand nous exultons enfin à la cime, sur ces dômes clairs et paresseux, notre attention se tourne alors vers le cheminement qu’il nous faudra deviner pour retrouver le désert. Un nouveau jeu commence, par des vires il enroule les dômes, se faufile sous des chaos de blocs, descend des cheminées… tout est bon pour perdre de la hauteur. Quand enfin nous foulons le sable, Atayek est là, son intuition est insondable. Depuis le matin, il sait où sont partis ses hôtes, alors ils les guette avec la volonté que tout le monde soit là quand il lancera son «  diner ready « . Amina et ses filles ont oeuvré, ce soir le chiken-rice est au gré des épices, kabsa, maqluba sans oublier la magie du zarb. Les convives, qu’ils ou elles soient novices en ces lieux où vieil amant de Rum, ont tous et toutes les yeux qui brillent encore émus de ce que les murailles du désert leur ont offert. Quelque soit la langue partagée, on ne parle pas ici de chiffres ou de lettres, on ne se démantibule pas pour tenter d’expliquer la solution d’un passage, on loue plutôt les formes de la pierre, la ligne de fissures qui s’enfuit, parfaite, les couleurs du rocher qui enseignent sa qualité et enfin, là haut, sur les dômes, cette immensité d’une infinie beauté.

Ces trente ans de Rum sont autant de souvenirs qui nourrissent les projets, au delà de l’humanité des lieux ici la nature morte est pleine de vie, j’ai hâte d’avoir les pieds dans le sable.

                                                               Nomadi, Um Ejil

                                                                             Beauty, Um Ejil

Haj

Pétrafalgar à Khazali




Day by Day à Khazali


Day by Day à Khazali